Le burnout de Sophie

Apprendre à lâcher prise
Savoir se décharger

L’histoire de Sophie est vraie.Cette histoire ressemble à bien d'autres.

 

Vous y reconnaîtrez certaines des caractéristiques spécifiques des personnalités les plus enclines au burnout comme la grande exigence professionnelle, le perfectionnisme, la tendance à la frustration, la critique, la rancœur qui s’installe et la chute finale, souvent brutale que personne n’attend.

 

A l’époque je travaillais pour une grosse entreprise de BTP (environ 5000 salariés).

Un accompagnement avait été demandé pour Sophie, ingénieur de 35 ans, afin de booster ses potentiels, sa performance et de l’aider à aménager son temps de travail et la gestion de ses multiples tâches.

Sophie, mère de trois enfants en bas âge, est très impliquée dans son job, a une ambition phénoménale.

D’emblée, je note son côté perfectionniste et exigeant, envers elle et envers les autres.

Elle a la critique facile envers ceux qui n’atteignent pas leurs objectifs.

En plus de ses capacités intellectuelles indéniables et de son ascension rapide, c’est une très jolie fille et très vite elle m’avoue rencontrer des animosités auprès des autres femmes et elle revendique son droit à être comme elle veut être.

Dans un milieu d’hommes ce n’est pas évident.

Elle veut tout mener de front à la perfection et ne veut pas s’attarder sur certains symptômes qui commencent à se manifester: une certaine frustration, une certaine aigreur, des désaccords avec des collègues, des divergences avec son patron dans les discussions qu’elle n’ose pas remettre en question verbalement.

Elle ne parle pas de fatigue au début et continue à s’astreindre en plus de son travail et de sa vie de mère de famille des heures de sport démesurées afin de se tenir au mieux de sa forme.

La première séance de coaching se passe très bien, Sophie adhérant au principe à 100%, y voyant une occasion supplémentaire de performance. Pourtant, je sens que Sophie est sur la mauvaise pente. Je me demande comment rattraper les dégâts, comment obtenir d’elle qu’elle puisse prendre du recul et s’accorde du temps, des loisirs.

Elle me dit que cela n’est pas possible, qu’elle a des obligations, que dans sa famille, la valeur travail est essentiel, que si l’on ne travaille pas on n’est rien du tout.

En gros, c’est marche ou crève!

Sophie en fait trop, trop vite, trop fort.

Je demande à Sophie de restreindre le rythme, de prendre du temps pour elle, de laisser un peu de côté les tâches ménagères, de partir plus tôt du travail. Rien n’y fait, Sophie a la tête dans le guidon, il est déjà trop tard.

 

Elle vient à la seconde puis la troisième séance avec plaisir, c’est son espace de liberté, mais au travail personne n’est au courant que Sophie est au bord du burnout.

De mon côté, comment intervenir sans rompre la confidentialité ?

En effet, je ne peux faire beaucoup plus puisque Sophie ne reconnaît pas son mal être. Un jour, Sophie m’appelle, elle est en arrêt de travail, elle a fait une crise de panique majeure au volant de sa voiture, sur l’autoroute.

A un moment, l’angoisse, irrépressible, si longtemps contenue, a fini par trouver un chemin d’expression, la crise de panique, sur une voie d’autoroute, mettant Sophie en danger, ainsi que ses enfants qu’elle conduisait.

Cette fille surdouée, belle, intelligente, performante a été rattrapée par la vie ( c’est ce que je dis à mes clients, de savoir lever le pied avant que la vie ne s’en charge).

Sophie a été sous antidépresseurs pendant longtemps, d’ailleurs aujourd’hui leur utilisation est très controversée dans le burnout. D’ailleurs ils n’ont pas été très efficaces.

Après un temps d’arrêt, j’ai repris Sophie en main, son patron a prolongé le coaching et Sophie a fait des progrès, enfin.

Elle a pris conscience que la vie qu’elle menait ne lui correspondait plus, elle a décidé de monter sa propre entreprise, l’entreprise dont elle rêvait.

Pourtant Sophie avait un avenir certain au sein de son entreprise, c’était l’une des étoiles montantes, personne n’a rien vu venir. Et Sophie a quitté l’entreprise.

 

Cet exemple pourrait être celui de bien d’autres que j’ai connus aussi.

Ce que je voudrais signaler ici, c’est que si, dans l’entreprise de Sophie, il y avait eu une démarche collective et globale de bilan des risques psychosociaux, Sophie n’aurait pas attendu si longtemps pour être détectée et aidée.

 

Souvent, on m’adresse des salariés, des managers, au bord du gouffre, comme si d’un coup de baguette magique nous pouvions tout changer.

Quand quelqu’un est sur la corde raide, au bord du burnout c’est souvent trop tard.

Alors, je ne peux que recommander des actions préventives collectives, la formation des managers à la détection des individus à risque, la mise en place de l’entraide entre collègues et de toute mise en œuvre du bien être des personnes au sein de leur travail.

Sophie est quelqu’un d’exceptionnel, son entreprise n’a pas su la garder.

 

 

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